
Pr. Youssef SAKHY, Professeur assistant en radiologie
CHU Ibn Rochd Casablanca, Société Marocaine de Radiologie
Les polytraumatismes sont la 3ème cause de décès, après les cancers et les affections cardiovasculaires dans la population générale et la 1ére cause de décès chez les jeunes entre 15 à 24 ans
C’est un véritable problème de santé publique.
Troisième cause de décès dans la population générale (après les cancers et les affections cardiovasculaires) et première cause de décès chez les jeunes (population âgée de 15 à 24 ans), les traumatismes sont un problème de santé publique et représentent une part considérable des affections rencontrées dans les services d’accueil des urgences (SAU).
Les traumatismes crânio-cérébraux et les polytraumatismes constituent les principales causes de décès accidentels.
Le polytraumatisme correspond à une situation dans laquelle une personne présente « plusieurs blessures graves touchant différents organes ou parties du corps, dont une met sa vie en danger à brève échéance ».
Il survient le plus souvent après un accident de la route, une chute de hauteur ou un traumatisme violent.
Ces lésions peuvent concerner le cerveau, les poumons, l’abdomen, le bassin ou les membres.
Ces blessures peuvent être visibles, mais certaines sont internes et ne donnent pas de signes immédiats.
C’est ce qui rend la prise en charge du polytraumatisme complexe et urgente.

Pourquoi les examens d’imagerie sont-ils indispensables ?
Lorsqu’un patient arrive aux urgences après un traumatisme grave, l’examen clinique seul ne suffit pas toujours. Certaines lésions graves, comme une hémorragie interne, une atteinte des poumons ou du cerveau, peuvent passer inaperçues.
Les examens de radiologie (radiographie, échographie, scanner) permettent de visualiser l’intérieur du corps rapidement.
Ils apportent des informations essentielles pour comprendre la gravité des blessures et orienter la prise en charge.
Le scanner en urgence : un examen clé
Dans le cadre du polytraumatisme, le scanner est souvent réalisé en urgence après stabilisation initiale du malade.
En quelques minutes, il permet d’examiner plusieurs régions du corps : la tête, le rachis, le thorax, l’abdomen et le bassin.
On parle dans ce cas de scanner corps entier ou Bodyscanner.
Grâce au scanner, les équipes médicales peuvent :
Détecter des lésions graves non visibles,
Identifier une hémorragie nécessitant une intervention urgente,
Décider des priorités de traitement,
Eviter des examens ou des gestes inutiles.
La rapidité de cet examen est déterminante pour la survie du patient.
Le rôle du radiologue
Les images obtenues sont analysées par le radiologue. Son rôle est d’identifier rapidement les lésions, de les décrire avec précision et de transmettre ces informations aux autres équipes médicales.
Dans les situations d’urgence, cette analyse doit être rapide et fiable.
Les décisions prises par les urgentistes, les chirurgiens et les réanimateurs reposent en grande partie sur ces résultats.
La radiologie interventionnelle occupe également une place centrale dans la prise en charge du patient polytraumatisé.
Dans certaines situations, elle permet de traiter rapidement des hémorragies internes sans recourir à une chirurgie lourde, grâce à des techniques mini-invasives guidées par l’imagerie.
L’embolisation, par exemple, est utilisée pour contrôler des saignements actifs au niveau du bassin, du foie, de la rate ou des reins.
Réalisée en urgence par des équipes spécialisées, la radiologie interventionnelle contribue à stabiliser les patients, à réduire les complications et à améliorer le pronostic, en complément étroit des urgences, de la chirurgie et de la réanimation.
Un travail d’équipe au service du patient
La prise en charge d’un patient polytraumatisé repose sur une collaboration étroite entre plusieurs professionnels : premiers secours, ambulanciers, urgentistes, radiologues, chirurgiens et réanimateurs.
Chaque acteur a un rôle précis et complémentaire.
La radiologie permet de guider l’ensemble de la prise en charge en apportant des informations objectives et immédiates sur l’état du patient.
Les examens réalisés en urgence ne sont ni systématiques ni anodins, ils sont indispensables pour détecter des lésions graves et agir sans délai.
Au sein des services de Radiologie des Urgences des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU), les équipes œuvrent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour assurer une prise en charge rapide, fiable et coordonnée des patients polytraumatisés, contribuant ainsi de manière essentielle au diagnostic précoce et à l’orientation thérapeutique en situation d’urgence vitale.
Et, dans ces mêmes services des urgences d’un hôpital, il n’est pas rare d'entendre ce témoignage de reconnaissance :
« Merci d’avoir participé à sauver la vie de mon fils. »
Ces mots touchants sont prononcés par une maman s’adressant au radiologue de garde, à l’issue de la prise en charge hospitalière de son fils, un jeune de 19 ans qui avait présenté, suite à un accident de moto, un polytraumatisme, et était acheminé au Trauma Center de l’hôpital dans un état critique.
Ce témoignage rappelle que la radiologie est un élément central, mais souvent méconnu, de la prise en charge du polytraumatisme.
Dans ces situations d’urgence vitale, chaque minute compte et chaque décision médicale repose sur des informations précises et rapides : voir rapidement ce qui est invisible reste une étape essentielle pour sauver des vies.

Pr. Siham EL HADDAD
Hôpital Mère-Enfant, CHU Ibn Sina – Rabat
Société Marocaine de Radiologie
Face à une boiterie chez l’enfant, l’imagerie médicale agit comme un véritable GPS diagnostique.
Elle permet d’écarter les situations urgentes, d’identifier rapidement la cause et d’orienter la prise en charge.
La boiterie est l’un des motifs les plus fréquents de consultation aux urgences pédiatriques.
Qu’elle apparaisse après une chute, un faux pas pendant le sport ou de façon totalement inexpliquée au réveil, elle déclenche presque toujours une vive inquiétude chez les parents.
L’enfant marche de travers, se plaint parfois de douleur, et l’imagination s’emballe rapidement.
Heureusement, la médecine moderne dispose aujourd’hui d’outils d’imagerie performants qui permettent d’y voir clair rapidement.
Contrairement à une idée reçue, on ne multiplie pas les examens au hasard.
Chez l’enfant, chaque image est choisie avec précaution, selon une logique médicale bien définie, afin d’obtenir un diagnostic fiable tout en limitant les examens inutiles.
Avant même de produire la moindre image, l’enquête commence au cabinet ou aux urgences.
Le radiologue ne travaille jamais à l’aveugle.
L’âge de l’enfant est un élément déterminant, car les causes de boiterie chez un tout-petit ne sont pas les mêmes que chez un adolescent.
Le contexte est tout aussi important.
Une chute récente, une activité sportive, la présence de fièvre ou la localisation précise de la douleur orientent immédiatement le choix de l’examen.
L’imagerie médicale fonctionne alors comme une véritable boîte à outils.
L’examen le plus simple et le plus souvent utilisé reste la radiographie standard. Rapide, largement disponible et aujourd’hui très peu irradiante, elle permet d’explorer les os.
Elle est indispensable pour détecter une fracture, une anomalie de position, voire certaines maladies osseuses.
L’échographie occupe une place essentielle en pédiatrie.
Réalisée à l’aide d’une sonde utilisant des ondes sonores, elle n’expose pas l’enfant aux rayons X.
Elle est particulièrement utile pour examiner les tissus mous et les liquides. Pour la hanche, elle est souvent l’examen clé.
Elle permet par exemple de confirmer rapidement un rhume de hanche, appelé synovite aiguë transitoire, une inflammation bénigne très fréquente chez les enfants de trois à huit ans, qui guérit généralement avec du repos et un traitement simple.

Lorsque la radiographie et l’échographie sont normales mais que la douleur persiste, l’IRM peut être indiquée.
Cet examen, basé sur un champ magnétique et totalement non irradiant, offre une vision extrêmement précise des os, des muscles et des tissus profonds.
Il est particulièrement utile pour détecter une infection osseuse débutante ou une atteinte plus complexe, parfois invisible sur les examens de première intention.
Le scanner, ou tomodensitométrie, utilise des rayons X pour produire des images en trois dimensions.
Chez l’enfant, il est moins souvent utilisé en première intention.
Il est réservé à des situations bien précises, notamment l’analyse de fractures complexes avant une intervention chirurgicale.
Les causes de boiterie chez l’enfant se répartissent généralement en trois grandes catégories.
Les causes traumatiques sont les plus fréquentes. Une fracture classique est le plus souvent visible sur la radiographie.
Chez le jeune enfant, il existe aussi des fractures très fines, parfois appelées fractures « en cheveux », notamment au niveau du tibia, qui peuvent survenir après une simple torsion du pied.
Les causes inflammatoires et infectieuses constituent un autre grand chapitre.
Le rhume de hanche, fréquent entre trois et huit ans, correspond à une accumulation transitoire de liquide dans l’articulation de la hanche. L’échographie, associée à la radiographie, permet d’en faire le diagnostic rapidement.
À l’inverse, l’arthrite septique ou l’ostéomyélite sont des urgences médicales.
Il s’agit d’infections de l’articulation ou de l’os, souvent accompagnées de fièvre et d’un état général altéré.
Dans ces situations, l’échographie et surtout l’IRM jouent un rôle déterminant.
Enfin, certaines boiteries sont liées à la croissance.
Chez l’adolescent, l’épiphysiolyse correspond à un glissement de la tête du fémur, plus fréquent chez les jeunes en surpoids.
La radiographie, réalisée selon des incidences spécifiques, permet de poser le diagnostic.
Chez l’enfant plus jeune, la maladie de Legg-Calvé-Perthes est une atteinte de la tête du fémur liée à un défaut de vascularisation.
Elle peut être détectée par la radiographie ou, plus précocement, par l’IRM.
Face à une boiterie, l’imagerie médicale agit comme un véritable GPS diagnostique.
Elle permet d’écarter les situations urgentes, d’identifier rapidement la cause et d’orienter la prise en charge.
Dans la grande majorité des cas, l’association d’une radiographie et d’une échographie suffit à rassurer les parents.
La plupart des boiteries de l’enfant sont bénignes et évoluent favorablement en quelques jours, à condition d’un diagnostic bien conduit et d’un suivi adapté.